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Que va devenir le Negresco, dernier joyau de l'hôtellerie France

par Pierre Berthet le 10-01-2019

Que va devenir le Negresco, dernier joyau de l'hôtellerie française ?

PATRIMOINE - Depuis la disparition de Jeanne Augier le 7 janvier, des incertitudes pèsent sur le devenir du dernier palace de l'Hexagone, à capitaux 100% français, et sur la collection de sa propriétaire composée de 6000 oeuvre d'art.

«Au revoir Madame Augier...» C'est par ces mots que s'ouvre le communiqué de presse du palace de la promenade des Anglais, à Nice, Le Negresco, confirmant le décès de sa propriétaire, Jeanne Augier, lundi 7 janvier dans sa 96e année, annoncé un peu plus tôt par Laurence Cina-Marro, la tutrice désignée en 2013 pour protéger la vieille dame, une Bretonne au caractère bien trempé mais affaiblie par l'âge.

Le communiqué lui rend hommage. «Madame Augier a œuvré pour sa renaissance puis son rayonnement en France et dans le monde. Avec son époux Paul Augier, elle a fait du Negresco un Palace inattendu, luxueux établissement à son image, reconnu mondialement et dernier grand hôtel indépendant en France», peut-on lire. Contrainte de se déplacer en chaise roulante, elle souffrait de pertes de mémoire qui l'empêchaient de gérer efficacement l'hôtel, placé sous administration judiciaire depuis 2013.

Un an auparavant, dans l'hôtel qui fêtait cette année-là ses 100 ans, Le Figaro Magazine avait rencontré cette «patronne à l'ancienne, comme on n'en voit plus que dans les romans». «On peut avoir séjourné dans les hôtels les plus prestigieux de la planète, rien ne prépare à l'exception Negresco», lit-on notamment dans ce beau portrait. Son livre d'or de croule sous d'illustres signatures: Salvador Dali, Louis Armstrong, les Beatles, ou encore Elton John, venu y tourner le clip de sa chanson I'm still standing.

Hôtel musée, revenu aux bénéfices, ce Cinq étoiles iconique de Nice abrite 124 chambres et suites au mobilier éclectique. Le style Empire côtoie des fauteuils années 1970 à coque plastique, des tableaux de coqs gaulois ou une Grosse nana jaune de Niki de Saint Phalle. Grande admiratrice de Versailles, collectionneuse compulsive, Jeanne Augier avait accumulé 6000 œuvres d'art, faisait porter des «costumes à la française» à ses voituriers et s'était offert un célèbre portrait de Louis XIV.

Sa disparition ouvre une période d'incertitudes pour le cinq étoiles déjà au cœur de plusieurs procédures judiciaires. Au pénal, Pierre Couette, un jeune administrateur historien de l'art, que Jeanne Augier avait missionné pour inventaire, est depuis 2016 sous le coup d'une mise en examen pour abus de faiblesse. Sur le plan de la gestion, le parquet de Nice a engagé une requête en 2017 pour mettre un terme à l'administration judiciaire, une intervention vécue comme une prévente déguisée par la direction et les 180 salariés qui ont fait dessaisir le tribunal de commerce de Nice, au profit de celui de Marseille. Le parquet national financier a également ouvert une enquête qui a valu au procureur de Nice il y a quelques semaines une perquisition à son domicile et dans ses bureaux.

Elle possédait 97% du Negresco, acheté par son père en 1957 et qui pourrait valoir 300 à 400 millions d'euros, selon une estimation de 2016, hors mobilier et œuvres d'art. Selon le communiqué, «une période de deuil d'un mois sera respectée, symbolisée par la mise en berne des drapeaux de l'hôtel.»

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