RETOUR


Le Panthéon : ses 10 secrets insolites

par Pierre Berthet le 01-07-2018

Le Panthéon : ses 10 secrets insolites

Église puis temple laïque, l'histoire du Panthéon fut particulièrement chahutée. Quelques repères au moment où Simone et Antoine Veil vont y entrer.

Publié le| Le Point.fr
Le Panthéon à l

Le Panthéon à l'occasion de l'entrée dans ces murs d'Antoine et Simone Veil.

© CrowdSpark/ ALPHACIT NEWIM

Parfum de scandale. Elle fut construite sur ordre de Louis XV, pour s'être rétabli d'une forte fièvre en 1744, à Metz, où il s'était rendu pour raison militaire avec sa concubine, Mme de Châteauroux, provoquant un joli scandale. Le roi reçoit l'extrême onction, finit par chasser sa favorite sous la pression des dévots et promet, s'il s'en sort, de construire une église dédiée à sainte Geneviève, sur les ruines de l'ancienne abbaye de la patronne de Paris. Le projet est mené par Marigny, le frère de sa nouvelle maîtresse, la fameuse Madame de Pompadour…


Loterie. L'argent manque : pour résoudre ces difficultés financières, on organise trois loteries populaires qui rapportent 400 000 livres, soit le prix d'un très beau château et ses terres à l'époque. La loterie du patrimoine de Stéphane Bern avant l'heure !

Lire aussi Comment sauver le patrimoine français

Majesté romaine. L'architecte Soufflot souhaite rivaliser avec Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul à Londres. Il crée une croix grecque et s'inspire de la façade du Panthéon d'Agrippa à Rome – toujours debout – pour la façade monumentale.

Infréquentables. La Révolution transforme l'édifice en Panthéon républicain, en accueillant le tribun Mirabeau puis le journaliste Marat, inhumés dans la ferveur populaire et ressortis très vite par la porte de derrière… Mirabeau pour collusion avec l'ennemi royaliste et Marat jugé trop sanguinaire après l'épisode de la Terreur.

Danger. Le monument frappe d'emblée les Parisiens par sa grandeur, mais aussi sa fragilité : des pierres s'effritent, on craint de voir le dôme s'effondrer… Les expertises et les architectes se succèdent dès la fin du XVIIIe siècle, sous un Directoire qui n'a guère les moyens de consolider le bâtiment. Il faut attendre Napoléon pour que les travaux nécessaires soient entrepris, notamment sur les piliers du dôme.

Le cas Voltaire. Lorsque les Bourbon reviennent sur le trône, sous la Restauration, l'édifice est rendu au culte et les monarchistes souhaitent l'exclusion du très anticlérical Voltaire. Mais Louis XVIII ne cède pas et s'en sort par une pirouette : « Laissez-le donc, il est bien assez puni d'avoir à entendre la messe tous les jours ! » Napoléon III fera de même, mais recouvrira le caveau de planches, pour le soustraire des yeux des bonnes âmes…

Le stratagème de Mitterrand

Un roi conciliant. Le fronton a été transformé à quatre reprises : on détruit les symboles religieux ou on les rajoute en fonction des régimes successifs… Celui qu'on connaît aujourd'hui a été construit paradoxalement sous le roi Louis-Philippe, en 1837, par David D'Angers, qui représente la patrie distribuant ses récompenses. Avec Voltaire et Rousseau en bonne position, à gauche – ils se détestaient. Une croix sera réinstallée à la fin du XIXe siècle, elle y est toujours…

Hugo Satan. En 1885, après le règne de Napoléon III, le Panthéon retrouve son rôle de temple laïque avec l'enterrement grandiose de Victor Hugo, au grand dam de la droite catholique de cette fin du XIXe siècle. Pour elle, la République se réinstalle dans une église très symbolique. La presse s'encadre de noir et titre : « Satan triomphe ! On chasse Dieu pour faire place à M. Hugo ! »

Amants réunis. La physicienne Marie Curie est inhumée en 1995 au côté de son époux Pierre… et pas très loin non plus de son amant, Paul Langevin, élève de son mari défunt. Les deux amants ont entretenu une relation fusionnelle après la mort de Pierre Curie, une histoire qui fit scandale à l'époque puisque Langevin était plus jeune et marié. Marie Curie fut présentée comme une briseuse de couple...

Les roses de Mitterrand. Mai 1981, le président socialiste vient honorer la mémoire nationale au Panthéon, une rose à la main, face aux caméras. Pourtant, une fois à l'intérieur, on le voit déposer successivement trois fleurs sur les tombeaux de Victor Schœlcher, Jean Jaurès et Jean Moulin, tout en ressortant du bâtiment avec une nouvelle rose à la main. Quel est ce miracle floral ? En réalité, des techniciens lui glisseront discrètement une rose avant chaque plan, derrière un pilier. Et un gardien le guidera hors caméra pour éviter qu'il se perde dans le dédale du monument, ce qu'il fit d'ailleurs…